Marcher sur la Nakasendo dans la vallée de Kiso

Le Japon est un archipel et pourtant, dans mon imaginaire, il est avant tout un pays de montagnes. Je me figure des panoramas d’estampe, des secrets enfouis dans de sombres forêts et des esprits occupant les vallons. Lors de mon premier voyage au Japon, j’ai voulu voir ces paysages teintés d’un profond mysticisme. L’ancienne route de la Nakasendo, qui relia pendant des siècles Tokyo à Kyoto, sillonne les Alpes Japonaises d’Est en Ouest. Le temps de quelques jours, j’ai laissé le chemin guider mes pas à travers la vallée de Kiso, à cheval entre les préfectures de Gifu à de Nagano.

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J’ai opté pour Nagoya comme porte d’entrée vers la vallée de Kiso, et je me suis arrêté à Matsumoto avant de quitter les Alpes Japonaises. Cet article couvre donc aussi ces deux villes. Ainsi, vous avez un parcours clé en main pour trois à cinq jours de voyage à intercaler, par exemple, entre des visites de Tokyo et Kyoto.


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NAGOYA

Et dire que j’ai failli ne pas prévoir de visite de Nagoya ! Lorsqu’on dessine un itinéraire de voyage au Japon, il est systématiquement question de choix, tant les endroits intéressants sont nombreux. Dans le cas présent, c’est la foule de touristes à Kyoto qui m’a poussé à quitter la capitale historique et culturelle de l’archipel un jour en avance. Nagoya n’étant qu’à une trentaine de minutes grâce au Shinkansen Nozomi, la ville fut un détour bienvenu sur la route vers les Alpes Japonaises et la vallée de Kiso.

Pôle économique, logistique et marchand, Nagoya ne présente pas particulièrement d’intérêt au premier abord. Pas étonnant qu’elle soit souvent oubliée des touristes occidentaux. Pourtant, j’ai eu de beaux coups de cœur lors de mon passage express.

En premier lieu, le château de Nagoya qui n’est certes qu’une reconstruction en béton, mais qui a franchement fière allure au milieu d’un très beau jardin. Malgré sa position au cœur de la ville, le parc reste plutôt calme et lors de mon passage, j’ai pu vivre le hanafubuki, c’est-à-dire la chute des pétales de fleurs de cerisier. Le parc est payant donc la plupart des Japonais se contente de marcher sur son pourtour lui aussi bordé de cerisiers et d’érables, notamment les employés de bureau en costume impeccable à l’heure du déjeuner.

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J’ai ensuite repris le métro pour visiter un des sanctuaires les plus sacrés du Japon. Je ne pouvais donc pas ignorer le sanctuaire Atsuta Jingu, au Sud de Nagoya. Les bâtiments sont relativement récents, mais le lieu est vénéré depuis près de deux millénaires. Le trésor contient notamment une épée mythique visible seulement de l’empereur et du haut clergé shintoïste. Le parc environnant est superbe et compte plusieurs arbres sacrés impressionnants, dont un camphre géant vieux de 1300 ans ! De nombreuses cérémonies shintos sont célébrées chaque jour, des mariages traditionnels et des baptêmes principalement. Atsuta Jingu est un lieu sacré incontournable à inscrire d’urgence sur votre itinéraire si vous traversez la région du Chubu.

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Nagoya est une ville moderne pleinement intégrée à la mégalopole japonaise. Comptant plus de deux millions d’habitants, elle offre un contraste fort avec la vallée de Kiso. Y passer la journée permet d’en apprécier la douceur de vie et quelques lieux historiques et religieux.


Nagoya se prête également bien à un séjour plus prolongé, du fait de sa proximité avec le château d’Inuyama, les sanctuaires shintoïstes d’Ise-Shima voire même de Kyoto.


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LA VALLEE DE KISO

La Nakasendo est une des routes historiques de l’ère Edo (XVIIe siècle) qui reliaient à l’époque Tokyo à Kyoto. Moins empruntée que la Tokaido qui longeait la mer (et qui a donné son nom à la ligne de train à grande vitesse Shinkansen d’aujourd’hui), la Nakasendo passait par le centre du Japon à travers les Alpes Japonaises. Le tracé est aujourd’hui en grande partie disparu, sauf dans la vallée de Kiso dont les villages se sont battus pour préserver le sentier et les bâtiments d’époque. Il est donc possible de parcourir à pied cette vallée encaissée, de relais de poste en relais de poste, comme aux grandes heures du colportage, des messagers impériaux et des grands poètes tels que Bashô Matsuo.

Sur quelques jours, il faudra faire des choix ! Les premiers villages d’intérêt en venant de Nagoya et du Sud sont Ena et Nakatsugawa qui est la seule localité à s’être fortement urbanisée. Pour ma part, j’ai filé directement jusqu’à Magome-juku. Le village est situé dans les hauteurs. Organisé le long du sentier pavé de la Nakasendo, il ne comporte qu’une seule rue. Le coucher du soleil face aux montagnes depuis le haut du village est mémorable, tout comme la promenade entre chien et loup qui s’en suit. Pour en profiter, il faut absolument dormir sur place. Ici, ce ne sont pas tant les attractions touristiques qu’on vient chercher, mais l’air pur des sommets et une ambiance unique dès lors que les touristes du jour ont déserté les lieux.

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Magome-juku est un petit village reculé, les restaurants ferment tôt et les hébergements sont peu nombreux. Mieux vaut ne pas venir à l’improviste ! Pour les petits budgets, je recommande une nuit en dortoir à la Guesthouse Gaku. Il s’agit d’une ancienne école tout en bois réaménagée en auberge de jeunesse, légèrement en hauteur par rapport au village. Un service de navette est proposé pour s’essayer à la tradition du onsen (bain chaud traditionnel japonais) en fin de journée.


De Magome-juku, la Nakasendo serpente dans la vallée jusqu’au village de Tsumago-juku, légèrement en contrebas. Bien que le sentier soit réputé pour ses paysages, j’ai regretté la route souvent trop proche pour une immersion en pleine nature. La traversée de plusieurs hameaux ponctue la marche, je m’arrête à mi-parcours pour un thé alors que la pluie se met à tomber.

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De nombreux panneaux guident le randonneur tout le long du chemin. Ne pas hésiter à faire sonner les cloches à disposition ça-et-là : elles effraient les ours bruns qui peuplent les Alpes Japonaises ! Par ailleurs, l’expérience de la randonnée vaut plus pour l’importance historique du chemin que pour les paysages eux-mêmes, alors pourquoi ne pas faire quelques haltes en chemin pour lire les haïkus de Matsuo Bashô ?


L’arrivée à Tsumago-juku conclut donc cette courte journée de marche et présente une architecture tout aussi belle que Magome-juku. En arrivant en pleine journée, les visiteurs sont nombreux car le village est accessible en voiture. Plusieurs vénérables établissements proposent les spécialités locales comme les sobas aux plantes de la montagne ou encore les mochi aux noix. L’ensemble est très agréable mais encore une fois, le lieu doit gagner en charme au crépuscule, lorsque le vent froid chasse les badauds et que la lueur orangée des lampions de pierre se reflète sur les pavés humides. Ca tombe bien, l’offre de logement est un peu plus étoffée qu’à Magome-juku.

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La majorité des touristes quitte ensuite la vallée, et c’est bien dommage tant la région offre des expériences authentiques à découvrir en dehors du tronçon le plus célèbre de la Nakasendo. Kiso-Fukushima offre par exemple une sélection d’hébergements et un beau temple zen. Pour ma part, j’ai opté pour une escale d’une nuit à Narai-juku. Ce village était le pôle économique principal de la vallée et le relai de poste le plus développé sur la Nakasendo. Pas étonnant qu’il présente aujourd’hui la plus grande concentration de maisons en bois de la région le long de sa rue principale.

Alors que Magome-juku et Tsumago-juku ne vivent aujourd’hui que pour le tourisme rural, Narai-juku est un petit village actif réellement peuplé et desservi par le train. Toute cette authenticité le rend attachant et c’est avec plaisir que j’ai passé quelques heures à en visiter chaque recoin. Plusieurs temples, sanctuaires et curiosités sont à découvrir dans les petites impasses parallèles à la rue principale.

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Narai-juku est un petit village authentique qui se prête à merveille à l’expérience de la nuit dans un minshuku. Minshuku et ryokan sont les deux types d’hébergement traditionnel au Japon, le dernier étant souvent plus luxueux. Au minshuku Shimada, j’ai pu apprécier l’hospitalité japonaise autour d’un copieux diner avant de me glisser bien au chaud dans mon futon. Une adresse recommandée.


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MATSUMOTO

J’ai conclu ma virée dans les Alpes Japonaises à Matsumoto. La ville est littéralement entourée de hautes montagnes encore bien enneigées mi-avril. J’ai profité du franc soleil qui brillait pour en visiter certains des sites les plus emblématiques, et ce alors que les cerisiers étaient en pleine floraison.

La célébrité du château noir de Matsumoto va bien au-delà des frontières du pays, et la vue de cette vénérable forteresse en bois entourée d’eau vaut à elle seule un arrêt dans la ville. Il s’agit d’un des derniers châteaux authentiques du Japon, il n’a jamais été brûlé ni détruit jusqu’à aujourd’hui. Les Japonais sont nombreux à profiter du beau temps pour pique-niquer sous les cerisiers. L’ambiance est paisible à l’image de la ville, les gens ont le sourire, il suffit de faire comme les locaux et de déjeuner sur un des bancs face au château.

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Il serait pourtant bien dommage de limiter la visite de Matsumoto à son château. Le centre-ville typique des villes japonaises mérite une petite visite en boucle depuis la gare. On retrouve la grande majorité des maisons traditionnelles à façade blanche dans la rue Nakamachi dori : autrefois maisons de négociants, elles sont reconverties en boutiques raffinées. Juste derrière, les abords de la rivière Metoba sont très agréables au printemps car bordés de cerisiers. Des stands de street food son alignés sur l’autre berge, non loin du sanctuaire Yohashira qui est une bulle de tranquillité en pleine ville ! Un autre bel exemple de sanctuaire urbain se trouve plus au Sud : le Tenjin Fukashi. Les riverains viennent y prier en famille.

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Enfin, on rejoint le parc de Joyama après une courte marche (mais ça grimpe sec !) pour contempler la ville et les montagnes enneigées et profiter du hanami, cette tradition du pique-nique sous les cerisiers blancs au pic de leur floraison.

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Matsumoto ne se visite pas en un jour ! Plusieurs points d’intérêt sont situés en dehors du centre-ville et prévoir une nuit ou plus permet une visite exhaustive de la ville. Il y a notamment un beau musée d’estampes, le Japan Ukiyo-e Museum, et le parc du Mont Kobo au Sud (un autre spot très connu pour ses cerisiers en fleur et sa belle vue sur la ville). A la journée depuis Matsumoto, les sanctuaires du lac Suwa et la vallée de Kamikochi m’ont été recommandés. Il faudra revenir !


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Cette exploration itinérante de la vallée de Kiso jusqu’à la ville de Matsumoto m’a donné un bel aperçu des Alpes Japonaises. Cette étape en montagne est très facile à organiser dans le cadre d’un premier voyage dans le pays et ne pourra que donner envie d’en voir beaucoup plus de cette belle région. Plongé en pleine ère Edo, le voyageur découvre un rythme de vie aux antipodes de celui des grandes agglomérations comme Tokyo. L’occasion idéale pour lever le pied et vivre intensément la rencontre avec ce Japon de l’intérieur.

 

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